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TRACT DISTRIBUÉ À PARIS LE 11 JUIN

 
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sunlightwalkin
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PostPosted: Sun 12 Jun - 21:23 (2011)    Post subject: TRACT DISTRIBUÉ À PARIS LE 11 JUIN Reply with quote

Partout où l’énergie
nucléaire s’est imposée,
l’organisation
militaro-industrielle
ayant permis son développement
a aussi
réussi à élever et à formater des populations acceptant
nolens volens de cohabiter avec la radioactivité.
Les batailles menées contre l’implantation généralisée
de centrales nucléaires, comme au Japon ou
en France, ont partout échoué dans l’isolement.
Désormais, chaque contestation antinucléaire surgissant
ici où là ne porte que sur les conséquences
de choix déjà inscrits dans la réalité. Refusant de
remettre en cause l’organisation sociale du monde
qui a permis la production du monstre nucléaire, les
opposants se retrouvent dans la peau de citoyens
indignés laissant des contre-experts plus ou moins
auto-désignés ferrailler à coups de becquerels et de
millisieverts avec des experts autorisés.
En France, l’incapacité à influer sur le cours des
événements a laissé le champ libre aux nucléaristes
hexagonaux pour opérer une réorganisation
bureaucratique
et politique du nucléaire, qui s’est
faite sans aucune réaction de la part des écologistes
: pendant qu’ils succombaient aux sirènes
du Grenelle de l’environnement en abandonnant
toute opposition au nucléaire sur l’autel de
l’effet
de serre, qu’ils approuvaient au Parlement
européen
le rapport
de Copenhague qualifiant le
nucléaire « d’alternative à l’effet de serre », que
les Verts s’abstenaient
au Conseil régional de
Normandie, permettant ainsi l’acceptation de l’EPR
de Flamanville, les nucléaristes faisaient passer,
le 21 avril 2008, un décret instituant un nouveau
« Conseil de politique nucléaire » gérant désormais
l’ensemble de la filière. Ce qui permet d’y confiner
l’ensemble des décisions visant à développer sans
contradiction l’industrie atomique – les instances
sanitaires, environnementales et l’autorité de
sûreté
en étant dorénavant
exclues.
Et aujourd’hui
la catastrophe de Fukushima, faillite de l’industrie
nucléaire, devient même pour ces forcenés un argument
de vente pour les EPR.
Le parallèle entre les populations colonisées
par le totalitarisme nucléariste et les populations
arabes, elles aussi incarcérées dans des sociétés
dominées par les enjeux géopolitiques et énergétiques
définis par les oligarchies, est explicite. Les
révoltes qui se déroulent aujourd’hui au Proche et
au Moyen-Orient, et le fait même qu’elles cherchent
à remettre en discussion l’organisation des choses
et des hommes, éclairent en retour la spécificité des
régimes nucléaristes où règne un silence effrayant.
La fusion en cours de plusieurs réacteurs de la
centrale de Fukushima autorise un autre parallèle.
Elle permet de mesurer les progrès de la domination
et la place particulière qu’y a prise l’idéologie
catastrophiste du pouvoir depuis Tchernobyl.
En 1986, les autorités présentaient l’industrie
nucléaire comme parfaitement maîtrisée et, quelle
que soit l’ampleur du désastre, il fallait le cacher
comme cela avait été le cas en 1957 pour Tcheliabinsk
dans l’Oural et la même année à Windscale (devenu
Sellafield) en Angleterre, de crainte que la connaissance
des faits ne produise une prise de conscience
de l’horreur nucléaire : un effet de panique non
maîtrisable, une révolte, pensait-on peut-être dans
les milieux nucléaristes. Les autorités de l’époque
étaient, dans ce scénario, au diapason de l’écologisme
de l’époque : il fallait pour les uns défendre
la ligne du déni et du mensonge pendant que les
autres revendiquaient la transparence. Rappelons
que c’est seulement l’indiscrétion des balises de
mesure de radioactivité de la centrale suédoise de
Forsmark qui a permis à l’Agence France Presse de
révéler, le 28 avril 1986, la catastrophe de Tchernobyl.
De Tchernobyl, on sait désormais tout, ou
presque : le déroulement des événements, leurs
causes, leurs conséquences, les lampistes désignés,
les liquidateurs sacrifiés. Même le bilan humain et
environnemental, s’il reste en partie nié par les soidisant
responsables, est régulièrement rendu public
par les ONG sous forme d’estimations dont les plus
basses seraient suffisantes pour remettre en question
cette source d’énergie. Or tout cela reste sans
conséquence. Et la catastrophe de Fukushima, pour
l’instant, n’y change rien.
Contrairement à la majorité des écologistes, les
gouvernants et les industriels – pour le nucléaire
il s’agit des mêmes – semblent avoir compris que
la consommation non critique de l’information de
masse conduit à une forme d’ignorance modernisée.
À ce propos, rappelons que, dès 1958, l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) préconisait : « Du
NUCLÉAIRE ET SERVITUDE
Misère de l’écologisme
point de vue de la santé mentale, la solution la plus
satisfaisante pour l’avenir des utilisations pacifiques
de l’énergie atomique serait de voir monter une nouvelle
génération qui aurait appris à s’accommoder de
l’ignorance et de l’incertitude. »
Nous y sommes, et ce n’est pas une politique
de censure qui a eu les effets les plus délétères, ce
sont les mutations d’une conscience collective qui
se sont produites en Occident et qui ont conduit à
accepter les effets bien réels, pathogènes et mortifères,
de l’industrie nucléaire.
Les tourments dont souffrent les populations actuelles
sont un effet de ce qu’on peut qualifier de
« pragmatisme gestionnaire ». À l’origine des sociétés
capitalistes, il a pu s’envisager comme un moyen
d’aller vers une perspective de liberté, en guidant les
hommes et leurs affaires sur le chemin de l’efficacité
– en réalité, celui de la rentabilité et du contrôle
social... Nous avons eu des siècles pour éprouver le
cauchemar dans lequel nous nous sommes laissés
enfermer, ce moyen s’étant mué en une fin.
Ce qui se passe au Japon en ce moment nous
donne une image très claire de la violence quotidienne
dans laquelle nous sommes maintenus. Il en
résulte un sentiment d’incarcération dans un dispositif
social. Le nucléaire, plus que n’importe quelle
autre technologie, nous ramène sans cesse à l’impossibilité
d’en sortir, il nous rappelle à l’ordre. D’un
point de vue technique, arrêter demain l’ensemble
des réacteurs obligera à les refroidir et à gérer leurs
déchets pendant des millénaires. Cette démesure
dit tout de la prise en otages à durée indéterminée
à laquelle nous sommes condamnés.
Comme forme de domination et de soumission,
le pragmatisme gestionnaire se marie très bien avec
un délire irrationnel. Autant du côté des nucléocrates
que des écologistes. Chacun étant convaincu
de la disparition à moyen terme (trente, cinquante
ou cent ans) de la plupart des matières premières
aujourd’hui en usage, ils rivalisent de perspectives
« alternatives ». Pour les premiers, incarnés
notamment par le CEA (rebaptisé opportunément
Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies
alternatives), il s’agit, rien de moins, de reproduire
sur Terre de manière « confinée » le processus énergétique
du Soleil, avec ITER à Cadarache comme site
phare. Pour les seconds, il faut couvrir des territoires
entiers d’éoliennes industrielles et de panneaux
solaires, en sachant d’avance que les matières premières
pour les fabriquer seront toujours rares et
qu’il faudra des États toujours plus puissants et
des multinationales de l’énergie pour les mettre
en oeuvre et en garder le contrôle. Déjà ces derniers
n’hésitent pas à nous démontrer leurs meilleures
intentions tout en cherchant à convaincre qu’il
faut bien se soumettre à un certain « pragmatisme
gestionnaire » si l’on veut un résultat... Un marché
de dupes, car les nucléaristes auront le même laps
de temps pour faire avancer leur technologie et la
rendre toujours plus présentable et incontournable
– ah, le merveilleux « mix énergétique » !
Surtout, ces « projets alternatifs » ont ceci
d’effrayant
qu’il n’est plus insupportable pour
personne de devoir utiliser les mêmes arguments
d’efficacité, de rentabilité et de compatibilité avec
l’économie capitaliste pour convaincre de leur crédibilité.
Et pour les plus radicaux des contre-experts,
partisans d’une réduction drastique de nos besoins
énergétiques, c’est toujours en termes comptables
qu’on voudrait rendre présentable ce « nouveau »
monde à venir.
Ces « alternatives » produisent aussi l’autosatisfaction
de ceux qui les développent, par illusion
d’avoir surmonté leur impuissance. On entend déjà
tous ces promoteurs de « positivité » asséner leur
sempiternel slogan : « Il est vain de lutter contre, il
faut lutter pour... » C’est ainsi que le sentiment de
révolte
est maintenant perçu comme pathologique.
Retenons tout de même une chose de cette
obsession
des alternatives : aujourd’hui, les populations
ont à se soucier de se réapproprier la définition
de leurs besoins et des moyens d’y répondre,
c’est une évidence. Mais il est tout aussi certain que
le système de domination actuel ne disparaîtra pas
par un simple changement de technologie. On ne
dira jamais assez qu’il ne s’agit pas tant d’en finir
avec le nucléaire que de rompre avec le monde
qui l’a engendré. C’est-à-dire avec le mode de production
qui a permis et nécessité son développement
et avec le monde qu’il a contribué à façonner
depuis.
Avec ce goût démesuré du contrôle mesquin
de tout et des désastres qu’il fabrique.
La fuite en avant technoscientiste reste toutefois
entre les mains d’oligarques qu’il est encore
possible de faire « dégager » de nos vies pour libérer
l’horizon des possibles. Stopper immédiatement
le nucléaire est la seule perspective soutenable, la
seule manière de conserver un sens au sentiment
de l’insupportable. Et même si un arrêt immédiat
des centrales ne nous sortira pas de leur gestion
avant des dizaines de milliers d’années, rien ne peut
justifier de se précipiter à la table de la cogestion
de ce désastre permanent. Ce renversement-là ne
se fera pas autour d’une table, à la tribune d’un débat
public ou encore par les urnes. Il nécessitera un
mouvement capable de débrancher les centrales
immédiatement, c’est-à-dire composé d’individus
associés prenant parti pour l’aventure de la liberté.
11 juin 2011,
Association contre le nucléaire et son monde
acnm@no-log.org
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